La rémunération de Guillaume Faury ne se résume pas à un montant brut affiché dans un rapport annuel. Sa structure reflète les arbitrages du Conseil d’administration d’Airbus SE entre performance opérationnelle, trajectoire financière et objectifs extra-financiers. Comprendre l’évolution de ce salaire de Guillaume Faury suppose de décortiquer les mécanismes qui le composent.
Plafonnement de la part variable : le cadre fixé par la politique 2023-2025
Le Conseil d’administration d’Airbus a codifié, dans la politique de rémunération applicable sur la période 2023-2025, un plafond explicite pour la part variable annuelle du directeur général. Ce plafond est exprimé en multiple du salaire fixe, ce qui empêche toute dérive en cas de surperformance ponctuelle.
Lire également : Pourquoi de plus en plus d'actifs misent sur leur carrière à Tours
Ce mécanisme distingue Airbus de plusieurs groupes européens de l’aéronautique et de la défense où la rémunération variable reste moins encadrée. Le signal envoyé aux actionnaires est clair : la hausse de rémunération du PDG d’Airbus reste proportionnelle et prévisible, même dans un cycle de commandes exceptionnel.
Le salaire fixe sert donc de socle de calcul pour l’ensemble de la rémunération. Toute augmentation de ce fixe a un effet multiplicateur sur le variable et sur les actions de performance. Nous observons que cette architecture pousse le Conseil à ajuster le fixe avec prudence, précisément parce que l’impact se propage sur toutes les composantes.
A lire aussi : Quand dessin et logiciel 3D se rencontrent en architecture d'intérieur
Rémunération de Guillaume Faury en 2023 : ce que les perturbations industrielles ont changé

Pour l’exercice 2023, la rémunération totale de Guillaume Faury s’est établie aux alentours de 4,9 millions d’euros. Ce chiffre masque un point que les contenus généralistes ignorent : les perturbations de la chaîne d’approvisionnement et les difficultés de montée en cadence de la famille A320neo ont pesé directement sur la part variable.
Le carnet de commandes d’Airbus a atteint des niveaux records, mais les indicateurs de performance retenus par le Conseil ne se limitent pas au volume de commandes. L’EBIT ajusté, le flux net de trésorerie et les critères de développement durable entrent dans le calcul. Quand les livraisons patinent, la part variable baisse, même si le commercial est en surchauffe.
Ce décalage entre visibilité commerciale et exécution industrielle a donc contenu la rémunération du directeur général en deçà de ce qu’un carnet de commandes plein aurait pu laisser anticiper. La performance industrielle pèse autant que la performance commerciale dans la formule de calcul.
Actions de performance et critères extra-financiers : l’évolution depuis 2021
Depuis 2021, le Conseil d’administration a progressivement renforcé la part de rémunération de long terme dans le package de Guillaume Faury. Les actions de performance (Long-Term Incentive Plan) représentent désormais une fraction significative de la rémunération totale, avec des périodes d’acquisition de plusieurs années.
Le virage le plus notable concerne l’intégration d’objectifs extra-financiers comme conditions d’acquisition de ces actions :
- Les objectifs de décarbonation, alignés sur la feuille de route d’Airbus vers l’aviation à faible émission, conditionnent une partie de l’attribution finale.
- Les critères de sécurité industrielle et opérationnelle sont évalués sur la durée du plan, pas sur un exercice isolé.
- L’engagement des équipes (mesures internes de satisfaction et de rétention) entre dans le calcul, ce qui lie directement la rémunération du PDG à la gestion des ressources humaines du groupe.
Cette pondération croissante des critères ESG dans la rémunération du directeur général d’Airbus traduit une tendance de fond. Elle rend la lecture du salaire annuel brut insuffisante : une part croissante de la rémunération reste conditionnelle et différée.
Votes des actionnaires sur le say on pay : Airbus face au secteur aéronautique européen
Les résolutions « say on pay » soumises aux assemblées générales d’Airbus SE en 2022 et 2023 ont recueilli des taux d’approbation supérieurs à 90 % des voix. Ce niveau de soutien est remarquable dans un contexte où plusieurs grands groupes européens de l’aéronautique et de la défense ont vu leurs résolutions de rémunération contestées, parfois avec des scores inférieurs à 70 %.
Ce soutien massif s’explique par plusieurs facteurs structurels :
- La transparence du rapport de rémunération d’Airbus SE, qui détaille la pondération de chaque critère (EBIT à hauteur de 40 %, flux net de trésorerie à 40 %, développement durable à 20 % pour la part variable annuelle).
- Le plafonnement codifié de la part variable, qui rassure les investisseurs institutionnels.
- L’alignement entre résultats du groupe et évolution de la rémunération, sans effet d’aubaine visible.
Pour les actionnaires d’Airbus, le say on pay n’est pas un exercice de routine mais un signal de gouvernance. Le fait que Guillaume Faury ne concentre pas les fonctions de président du Conseil et de directeur général (la présidence revenant à René Obermann) renforce cette perception de contrôle.

Comparaison sectorielle : le salaire du PDG d’Airbus dans l’industrie européenne
Replacer la rémunération de Guillaume Faury dans le paysage des grands groupes européens aide à en mesurer la portée. Airbus étant le premier constructeur aéronautique mondial par les livraisons, le niveau de rémunération de son dirigeant se situe dans la tranche haute de l’industrie européenne, mais reste en deçà de ce que pratiquent certains concurrents américains.
Le positionnement d’Airbus sur l’aviation commerciale, la défense (Airbus Defence and Space) et les hélicoptères donne au directeur général un périmètre de responsabilité large. Le package salarial reflète cette envergure multi-divisions plus qu’une simple prime au cours de Bourse.
La hausse progressive de la rémunération entre les exercices récents suit la trajectoire des résultats financiers du groupe : augmentation du chiffre d’affaires, amélioration de la rentabilité opérationnelle, livraisons en progression malgré les tensions sur la supply chain. Le Conseil calibre la rémunération pour qu’elle accompagne cette évolution sans la devancer.
Le fait que la majorité de la rémunération soit indexée sur des objectifs mesurables, avec une part différée et conditionnelle en hausse, place le salaire de Guillaume Faury parmi les packages les plus structurés du secteur aéronautique européen. Cette architecture limite les controverses et explique le niveau de soutien actionnarial observé lors des dernières assemblées générales d’Airbus SE.

